Un cours à distance qui tient : ce que j'ai changé dans ma façon d'enseigner
Le distanciel n'est pas un présentiel filmé. Son, image, rythme, exercices, retours : les choix concrets qui font qu'un groupe reste engagé trois heures en visio, et ceux que j'ai abandonnés.
Warren Meurisse
Formateur · Le Philomathe

Les premiers cours que j’ai donnés à distance étaient des cours en présentiel filmés. Les mêmes supports, le même rythme, une webcam en plus. Ils étaient médiocres, et les apprenants avaient la politesse de ne pas trop le dire.
Depuis, j’ai changé presque tout. Pas par goût de la technique, mais parce que le distanciel obéit à des règles différentes, et qu’on ne peut pas les ignorer très longtemps. Voici ce que j’ai gardé, ce que j’ai jeté, et pourquoi.
Le son passe avant l’image
La première chose que j’ai comprise, c’est que personne ne quitte un cours parce que l’image est moyenne. Les gens décrochent quand le son est fatigant. Un micro intégré capte la pièce, le clavier, la réverbération. Au bout d’une heure, l’effort d’écoute a épuisé l’attention.
Un micro sur bras, à quelques centimètres de la bouche, change tout. Ce n’est pas un investissement de studio, c’est le poste qui rapporte le plus par euro dépensé. La lumière vient ensuite : un panneau LED face à soi, et une pièce sobre derrière, pour que le regard reste sur ce qui compte.
Le double écran, lui, sert à autre chose : un écran pour le partage, un écran pour voir les visages. Enseigner sans voir les visages, c’est parler à un mur, et le mur ne pose pas de questions.
Des séquences de vingt minutes, pas des heures
En présentiel, on peut tenir une heure sur un sujet parce que la salle vit : un regard, une question, une pause café. En visio, l’attention est une ressource qui s’épuise vite, et rien ne la recharge toute seule.
J’ai donc découpé chaque cours en séquences courtes : une notion, une démonstration en direct dans l’outil, un exercice individuel, un retour collectif. Vingt minutes, parfois moins. Le rythme est plus soutenu qu’en présentiel, et paradoxalement moins fatigant, parce que personne ne reste passif longtemps.
La démonstration en direct est le cœur de la méthode. Pas une capture d’écran, pas une vidéo enregistrée : l’outil ouvert, le geste fait devant le groupe, avec les hésitations et les corrections. C’est ce qui donne aux apprenants la confiance de refaire.
L’exercice avant l’explication complète
Une habitude que j’ai prise en distanciel et que je garde maintenant partout : donner l’exercice avant d’avoir tout expliqué. On montre l’essentiel, on lance le groupe, et on complète l’explication au moment où les questions arrivent.
En visio, cela règle un problème concret : un exercice met chacun en action sur son propre écran, et le cours cesse d’être un flux à regarder. Les questions qui remontent ensuite sont précises, parce qu’elles viennent d’un blocage réel, pas d’une incompréhension théorique.
Les retours individuels, en direct
Ce qui manque le plus à distance, c’est le tour de salle : passer derrière chaque écran, voir où quelqu’un bloque, dire deux mots. J’ai remplacé cela par des retours individuels courts pendant les exercices, en demandant à tour de rôle un partage d’écran de trente secondes.
Cela demande d’accepter un peu de silence dans la visio, et de résister à l’envie de meubler. Le résultat vaut cet inconfort : chacun reçoit un retour sur son propre travail, et le groupe apprend des blocages des autres.
Ce que j’ai abandonné
Les supports de cinquante diapositives. Un support en distanciel est un document que l’on garde après, pas un fil conducteur que l’on suit en direct. Il est devenu court, avec des liens et des gabarits, et il est envoyé avant.
Les sessions de trois heures sans coupure. Une pause toutes les cinquante minutes, réelle, caméra éteinte, n’est pas une perte de temps. C’est ce qui permet la troisième heure.
L’enregistrement systématique. Il est possible sur demande, mais je ne le propose plus par défaut : savoir qu’on pourra revoir plus tard réduit l’attention maintenant.
Ce que les apprenants en disent
Les retours que je reçois après les sessions à distance parlent du rythme, des exemples concrets et de la disponibilité pour les questions. Rarement de la technique. C’est le signe que la technique fait son travail : quand elle est bonne, on l’oublie.
Le distanciel n’est pas un plan B. C’est un format à part entière, avec ses règles, et il devient très bon quand on accepte de le traiter comme tel. C’est ce que je propose aux écoles et centres de formation qui veulent y passer sans perdre en qualité.
Warren Meurisse
Formateur en design, growth, no-code et IA. La plus grande valeur se trouve à l'intersection des savoirs.